Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement

"Dans leur immense majorité, les associations n’ont pas envie de signer"

A quelques jours de la fin du processus, le flou sur la méthode - entretenu par le gouvernement - désespère les principaux acteurs du Grenelle.

dimanche 14 octobre 2007

Nous avons rencontré Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, pour qu’il nous dessine ce qui ressort des groupes de travail du Grenelle. Au bilan un dialogue enfin établi avec les associations, mais pour quelles décisions politiques ? Le flou entretenu sur la méthode fait craindre que le courage de la rupture ne sera pas au rendez-vous...
interview Agir pour l’environnement
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Stephen Kerkove, vous êtes délégué général d’Agir Pour l’Environnement, et vous participez au Grenelle de l’environnement.

reponse1
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On y participe dans le cadre de l’Alliance pour la planète, nous avons fait des propositions pour passer du simple débat aux décisions politiques.

On entend beaucoup de choses sur le Grenelle, des couacs sur les OGMs par exemple, mais existe-t-il des sujets qui ne font pas débat et pourront d’ores et déjà faire l’objet d’avancées concrètes ?

reponse2
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C’est difficile de répondre, nous sommes dans le flou. Il y a un gros problème de méthode. Sur certains sujets comme les pesticides ou les autoroutes – à par quelques acteurs – des consensus arrivent à émerger. La grosse avancée est d’être parvenu à mettre en relation des acteurs qui ne se parlaient pas. Maintenant on attend que les responsables politiques prennent en considération les conclusions des groupes de travail. Et à moins de 10 jours de la fin, on ne connaît toujours pas la méthode qui va permettre de passer des conclusions aux décisions, ni qui va décider, ni quand, ni quoi.

Mais qui décide de la méthodologie du Grenelle ?

reponse3
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C’est biais initial, le gouvernement organise sont propre débat sans statut : négociation ou discussion entre amis ? Le gouvernement n’a pas souhaité répondre et entretient un flou étrange, nous l’interprétons comme la volonté de garder la main sur la négociation quitte à cacher la véritable nature de ces discussions.

La véritable nature de ces discussions ce serait quoi, alors ?

reponse4
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Ce serait de mettre en avant médiatiquement une conversion de la droite à l’écologie, mais son fonds de commerce n’est pas en adéquation avec son discours. On met en avant la problématique environnementale sans changer les pratiques politiques. On espère une cohérence, mais le flou nous incite à penser que le gouvernement est en porte à faux avec les conclusions du Grenelle, et son électorat n’est pas près à prendre en compte ces conclusions.

Nicolas Sarkozy est-il pris à son propre piège d’un Grenelle - géniale opération de communication - qui aurait ouvert la boîte de Pandore de l’écologie et créé des attentes immenses de la population ?

reponse5
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On répondra dans 10 jours, on espère que l’opération médiatique deviendra une opération politique, mais on craint que les débats sur l’intérêt du débat viennent cacher la faiblesse des décisions. On a déjà vécu des débats très riches qui n’ont rien donné. Une victoire politique c’est 3 temps : les débats, la décision et la mise en oeuvre. Le débat en général on sait faire, la décision implique de passer par des parlementaires loins de ces préoccupations écologiques, et la mise en oeuvre se heurte aux directions du ministère de l’industrie ou du transport très rétives à l’application des avancées. Il faudra une évaluation rigoureuse avant de pouvoir crier victoire.

Le Grenelle de 1968 n’avait pas été signé par les syndicats. Les associations du Grenelle on-t-elle envie ou peur de signer le Grenelle de 2007 ?

reponse6
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Je pense que dans leur immense majorité les associations n’ont pas envie de signer parce que ce qui sortira du Grenelle sera à mille lieues de ce qu’elles ont porté pendant des décénies. Il y a aussi un problème de statut juridique des associations, même si leur légitimité est reconnue des citoyens. Le parallèle à faire avec 68, c’est en terme de mobilisation. Nicolas Sarkozy l’a anticipé, et les associations se trouvent sans troupes, il n’y a pas de véritable rapport de force. Pourtant il faudra une mobilisation des citoyens pour inciter les pouvoirs publics à avancer.

Dans le contexte du Grenelle, que peut-on dire de l’aspect politique de l’écologie ? Les Verts se sont toujours revendiqués porteurs de la voix de l’écologie politique, tandis que Nicolas Hulot affirmait que l’écologie n’est ni de droite ni de gauche. Le Grenelle démontre-t-il la pertinence de l’écologie politique en prouvant qu’il faut une volonté politique ?

reponse7
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L’écologie politique a un rôle à jouer dans l’évaluation, aussi. On est aujourd’hui dans une écologie spectacle, va-t-elle se transformer en décisions poltiques ? Les Verts ont mis en oeuvre concrètement une politique écologique locale concrète, « ce qu’on dit on le fait » (penser globalement, agir localement), ont agit pendant 20 ans et fait avancer les choses, quand Chirac faisait des discours sur notre maison qui brûle en appliquant des décisions politiques locales à l’encontre de ses déclarations. Le Grenelle est sans doute aujourd’hui dans une phase de pensée globale, le flou nous fait douter des possibilités d’une application locale...

Au Grenelle, la Confédération paysanne ou vous faites face à la FNSEA. Quels sont les rapports de force à l’intérieur des groupes de travail ?

reponse8
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C’est ce qui est paradoxal. Le Grenelle a permis un dialogue entre structures, d’égal à égal. Certains acteurs ont fait des avancées qui paraissaient impossibles, comme la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers qui proposent pour les camions une diminution de 10 km/h ou l’interdiction de doubler sur autoroute. Mais le Grenelle ne solde pas le passif entre les acteurs. Les lobbies ne prônent pas la transparence. Il y a d’âpres négociations en sous-main. Quand on parle des pesticides, l’industrie travaille les parlementaires pour minorer les conclusions du Grenelle. De même pour la diminution de la vitesse autorisée, l’automobile Club de France ou les lobbies des autoroutes manoeuvrent en sous-main. On sait très bien que le simple Grenelle ne changera pas la donne fondamentalement.

C’est dire que les avancées proposées par les groupes de travail ne sont pas à la hauteur des enjeux écologiques ?

reponse9
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Oui, d’une part parce que c’est le fruit d’un consensus. C’est de nature à modifier la donne, mais pas la révolutionner. Mais le hiatus, c’est qu’on en est encore dans des conclusions, on est loin de l’application. C’est pourquoi le Grenelle ne solde pas la mobilisation et le mouvement écologiste. Il faudra rester mobilisé.

Certains sujets ont-ils été évacués ?

reponse10
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C’est le problème du Grenelle. A débattre de tout on décide de rien. C’est une auberge espagnole où de nombreux sujets sont abordés, mais il en manque par choix ou par oubli, comme le nucléaire par exemple – ce qui est une exception française – mais également la téléphonie mobile... Des sujets qui font l’objet de pressions de lobbies qui ont obtenu qu’on en parle pas au Grenelle. Même si ces sujets avaient été introduits, on aurait pas réussi à atteindre un consensus sur ces sujets. Les incinérateurs par exemple ont fait l’objet d’un débat, mais pas d’un consensus.

La France est très en retard sur l’application des directives européennes, est-ce que ça a fait partie des débats ?

reponse11
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La France est en retard sur l’application de directives sur l’eau ou les OGMs. Mais les associations ne peuvent pas revendiquer simplement l’application de la loi, une posture minimaliste face à un gouvernement si appliqué à faire appliquer la loi pour ceux qui n’en n’ont pas forcément. On serait dubitatifs à les voir ne pas appliquer la loi. On l’espère notament sur la loi sur les nitrates ou le moratoire sur les OGMs.

Qu’attendez-vous comme type de décisions ?

reponse12
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Le Grenelle, c’est l’équivalent d’un programme, mais qui n’a pas été affiché pendant la présidentielle, puisque Nicolas Sarkozy avait une des pires notes sur son programme environnemental noté par l’Alliance pour la planète. Sera-t-il en rupture sur son programme de rupture ? Si après réflexion il veut appliquer l’opposé de ce qu’il a dit, tant mieux. Il faut arrêter tout d’abord ce qui pollue : moratoire sur les OGMs, incinérateurs, autoroutes et EPR. Mais on ne peut se contenter d’interdire ou arrêter. Il faut des politiques alternatives : énergies renouvelables, maîtrise de l’énergie, réduction des déchets par une taxe, agriculture biologique... les solutions existent, il faut simplement une volonté politique. Mais on constate surtout une volonté de ne pas taxer les pollueurs. Je ne vois pas de changement possible sans modifier la fiscalité.

La question du financement est centrale. La France a-t-elle les moyens d’une conversion écologique du pays ?

reponse13
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Oui, si elle stoppe le gâchis budgétaire qui consiste à contruire des choses inutiles. L’utilisation massive de pesticides a un coût, y compris en externalité par la dépollution et les cancers causés, ou l’EPR, qui est annoncé à 3,5Mds d’euro par EDF mais le budget sera dépassé, les autoroutes également, et aussi le coût du dérèglement climatique, il faut aller voir les assureurs pour le connaître. Tout cela c’est des moyens dégagés pour investir. La promotion et le respect de l’environnement, ça peut coûter cher à l’investissement, mais beaucoup moins en fonctionnement. Il faudra donc adapter la manière d’évaluer les coûts, et donc la fiscalité – la TVA par exemple – pour tenir compte de ce qui est ou non bénéfique pour l’environnement.

Les français, qui ont voté pour Nicolas Sarkozy majoritairement, sont-ils prêts au changement, par exemple à baisser leur vitesse en voiture de 10km/h ?

reponse14
http://radio.legrenelleenvironnement.fr/radio/kerckhove/ape14.mp3

Le politique ne doit pas suivre simplement les opinions de la population. Gouverner c’est prévoir. Il doit prendre des décisions courageuses. On espère que l’opinion y sera favorable, mais on ne peut pas attendre que l’opinion soit prête pour décider. Le responsable politique doit agir plutôt que suivre.

Si le responsable politique n’agit pas, aurez-vous les moyens de peser après le Grenelle ?

reponse15
http://radio.legrenelleenvironnement.fr/radio/kerckhove/ape15.mp3

Il y avait une vie et des écologistes avant le Grenelle, il y en aura aussi après. Nous continuerons à faire des propositions et réclamer ce qu’on a toujours réclamé : des moratoires sur ce qui pollue, et des propositions applicables immédiatement.

Dernière question : comment êtes-vous venus ici ce matin ?

reponse16
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